10 Documentaires qui ouvrent les yeux sur la Fast-Fashion

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En 2013 au Bangladesh le Rana Plaza, une usine de confection de huit étages installée à Dacca, s’est effondré, faisant plus de mille morts et deux milles blessés. Cette tragédie a mis à nu les pratiques révoltantes des marques de prêt-à-porter qui, pour vendre à très bas prix des vêtements de piètre qualité n’hésitent pas à exploiter les ouvriers et souiller la planète. Depuis ce drame, de nombreux documentaires et reportages se sont penchés sur les coulisses peu reluisantes de la fast-fashion pour dénoncer les dérives d’un système insensé et insensible. Et la liste est longue.

Prendre le temps de regarder ces documentaires a été pour moi le déclic dans ma prise de conscience de l’impact de ma consommation (que j’ai abordé dans cet article). Même si l’on achète de façon raisonnée, nos vêtements ont un impact, que ce soit à l’autre bout de la planète ou à quelques kilomètres. Je vous invite vraiment à en faire autant. Ce n’est qu’en étant informé que l’on comprend pourquoi il faut changer nos habitudes.

La sélection est présentée du plus récent au plus ancien. Si vous souhaitez n’en regarder qu’un seul, je vous conseille The True Cost, disponible sur Netflix. Et je parie que votre prochaine virée chez Zara n’aura pas la même saveur.

1. Révolte dans la Mode (2018)

affiche du documentaire révolte dans la mode

Co-écrit par Ariel Wizman et Laurent Lunetta, ce documentaire donne la parole à des créateurs activistes qui veulent transformer la mode pour la rendre plus responsable, via le mouvement Fashion Revolution.

Pour certains cette (r)évolution passe par de nouvelles façons de penser et de créer la mode : collections confectionnées à partir d’anciens vêtements recyclés, filière du coton bio, « ultra slow-fashion » qui consiste à utiliser des techniques de couture et de broderie ancestrales etc. Les nouvelles technologies sont aussi de puissants outils pour accompagner la transition vers la mode durable. Ce qu’on appelle la « Fashion Tech » consiste par exemple à recourir à l’impression 3D ou à des fibres alternatives comme la soie artificielle.

Pour le visionner c’est ici (à partir de 2.99€). Pour en lire un résumé détaillé, c’est là.

2. Cash investigation – Luxe, les dessous chocs (2018)

Affiche du documentaire Luxe les dessous chocs

Je suis toujours admirative du travail d’Elise Lucet et son équipe pour mettre en lumière certaines pratiques et appuyer là où ça fait mal.

Cette fois, c’est dans les coulisses du luxe français que ça se passe. Cette enquête de Zoé de Bussierre nous mène dans les filières du cuir et de la fourrure. Sous-traitance en cascade qui vient opacifier les chaines de production, maltraitance des ouvriers dans les tanneries, exploitation de migrants venus d’Afrique, lobbies qui font pression pour étouffer les scandales… La filière du cuir n’est pas aussi glamour qu’il n’y parait. Sans parler de la souffrance animale, que le documentaire aborde sous l’angle de la fourrure et des conditions horrifiantes de vie des lapins dans les fermes d’élevage chinoises.

A regarder ici.

3. Cash investigation – Coton : l’envers de nos tee-shirts (2017)

affiche du documentaire Coton l'envers de nos tee shirts

Ce reportage de Sandrine Rigaud dévoile la dure réalité de la filière du coton, matière devenue l’une des plus utilisée sur la planète. Travail forcé dans les champs d’Ouzbékistan, exploitation des ouvriers dans les filatures du Bangladesh, ravages sur l’environnement, greenwashing… autant de sujets sérieux gravitant autour d’un simple tee-shirt en coton.

A regarder ici ou ici.

4. RiverBlue (2017)

affiche du documentaire River Blue sur la fast-fashion

En Chine, il est possible de prédire la couleur à la mode cette saison en regardant la teinte de la rivière.” Tel est l’un des constats affligeants de ce documentaire. On y suit Mark Angelo, expert et militant canadien dans son analyse des cours d’eau affectés par les produits chimiques que déversent, sans traitement préalable, les usines textiles qui travaillent avec de nombreuses marques de mode. A travers son périple autour du monde, et en particulier en Inde, en Chine, en Indonésie et au Bangladesh, il met en évidence les désastres engendrés sur les populations locales et l’environnement ainsi contaminés.

A regarder ici.

5. The True Cost (2015)

Ecrit et réalisé par Andrew Morgan, ce documentaire est celui qui pose le plus large constat sur les dérives de la fast-fashion, et ses impacts sociaux, économiques et environnementaux à travers le monde. Il dénonce ainsi les abus d’un système qui permet aux pays les plus riches d’acheter des vêtements à bas coût, tout en fermant les yeux sur les conditions dans lesquelles ils sont fabriqués.

« Who really pays the price for our clothing ? ». Le réalisateur a fait le tour du monde pour répondre à cette question et nous ouvrir les yeux sur les conséquences des vêtements jetables : conditions de travail déplorables voire dangereuses, pollution des sols et des cours d’eau par les pesticides et les produits chimiques, entassement de nos vieux vêtements dans les décharges, maladies et problèmes de santé chez les populations des pays en voie de développement. Du côté des pays occidentaux, le constat est également peu reluisant, puisque la surconsommation et le matérialisme conduisent à des maux psychologiques de type dépression et anxiété, bien loin de la promesse de satisfaction et d’accomplissement vantées par le système publicitaire.

Heureusement, ce documentaire ne nous laisse pas sur ce bilan amer et nous livre des solutions via le témoignage de personnes engagées (Livia Firth, Safia Minney de People Tree, Stella McCartney …) pour une mode plus responsable.

A regarder sur Netflix.

6. Sweatshop. Deadly Fashion (2015)

affiche du documentaire Sweatshop

Sweatshop a commencé par être une mini-série proche de la télé-réalité avant d’être retravaillé en documentaire. On suit trois fans de mode et blogueurs norvégiens, Frida, Anniken et Ludwig partir à la rencontre des ouvriers textile au Cambodge. Pendant un mois, ils vont travailler à leur coté, découvrir leur quotidien difficile et vivre avec 3 dollars par jour comme la plupart d’entre eux. La réalité est un choc pour ces jeunes dont le quotidien était de promouvoir les produits des grandes enseignes.

Si l’on peut critiquer l’esprit télé-réalité de ce reportage, il a tout de même le mérite de présenter une vraie réflexion sur le quotidien difficile des travailleurs textiles.

A regarder ici.

7. Arte – La Mode a mort (2015)

affiche documentaire la mode a mort

Plongée dans le domaine législatif, cette enquête s’intéresse à la responsabilité face au chantier de l’amélioration des conditions de travail des ouvriers textile, et pose notamment la question du rôle que doivent jouer les grands groupes vis-à-vis des mauvais traitements perpétrés chez leurs fournisseurs.

Suite au drame du Rana Plaza, deux cents grandes enseignes (dont Auchan, Carrefour, Camaïeu, Casino ou Leclerc en France) ont signé un accord sur la sécurité des usines textiles au Bangladesh. Elles se sont engagées à contrôler les conditions de travail en vigueur chez leurs fournisseurs locaux, afin que celles-ci soient en conformité avec les normes internationales.

Ce reportage entend faire le point sur les améliorations promises et la réalité sur le terrain deux ans après les faits, où finalement peu de choses ont changé. On y suit Marie-Laure Guislain, avocate française qui se penche sur la notion de « crime économique » et enquête pour le compte d’ONG sur l’éventuelle responsabilité d’Auchan.

A regarder ici.

Pour aller plus loin

Les marques pour lesquelles les ateliers du Rana Plaza travaillaient n’ont pas été inquiétées car elles n’étaient pas responsables juridiquement de leurs sous-traitants.

Depuis, la loi a évolué. En France, la loi sur le devoir de vigilance a été votée en 2017. Elle stipule que les entreprises domiciliées en France sont désormais responsables des atteintes aux droits de l’homme perpétuées sur l’ensemble de la chaine d’approvisionnement. Elle vise également à renverser la charge de preuve : en cas de catastrophe, l’entreprise se doit de prouver qu’elle a pris toutes les mesures de sécurité décrétées par le texte. Une avancée en matière de responsabilité sociétale des entreprises.

8. UDITA – Arise (2015)

affiche du documentaire Udita

Ce film est bouleversant. Il raconte, sur cinq ans, les conséquences humaines de la frénésie de la fast-fashion, en particulier sur la vie des ouvrières qui réalisent nos vêtements depuis le Bangladesh.

On voit sur cinq ans le quotidien difficile de Nargis Buya et Ratna Miah à l’usine, les journées de travail sans fin, les cadences inhumaines, les traitements toxiques des vêtements, le manque de mesures de sécurité, les bâtiments insalubres où elles travaillent, les retenues de salaire injustifiées. Plus grave encore, on est témoin de leur incapacité à sortir de cette situation, résultante du manque d’alternatives pour ces femmes qui n’ont pas eu la chance de recevoir d’éducation.

On suit également Aleya Atta à la tête d’un syndicat qui lutte pour les droits des travailleurs de la mode. Alors qu’en 2010 les ouvriers qui manifestaient étaient battus, licenciés ou arrêtés, les grèves sont devenues au fil des années plus courantes, les ouvriers prenant de plus en plus connaissance de leurs droits et confiance pour les défendre. Les revendications pour parvenir à un salaire décent sont cependant encore loin d’être vraiment entendues.

A regarder ici.

9. Le monde selon H&M (2014)

affiche du documentaire Le monde selon H&M

Ce reportage de Spécial Investigation s’attaque à l’icône de la fast-fashion, qui en vingt ans a démocratisé le phénomène des « fringues » pas chères et branchées.

Alors que la marque revendique son souci de responsabilité dans les pays où elle développe ses activités, les journalistes Marie Maurice et Pedro Brito de Fonseca ont confronté les promesses de transparence avec la réalité sur le terrain. Ils dévoilent les conditions de travail déplorables dans les usines au Bangladesh, le manque de sécurité dans les usines, la ruée vers l’Ethiopie, le nouvel eldorado du textile à bas-coût, le versement des impôts dans les pays producteurs pour diviser la facture fiscale… Il en ressort que, comme grand nombre d’enseignes dans l’industrie de la mode, la marque se lave de toute responsabilité en externalisant les risques à outrance via la sous-traitance.

A regarder ici.

10. Envoyé Spécial – Textile mode toxique (2013)

affiche du documentaire Textile mode toxique

Last but not least. Ce reportage d’Envoyé Spécial met en lumière la face toxique, au sens littéral, de la mode et des vêtements sur ceux qui les confectionnent comme ceux qui les portent. La faute aux composés chimiques qui entrent dans la chaine de production des vêtements : teintures, impressions, traitement assouplissants, anti-flammes et même gaz anti-moisissures injectés dans les containers de vêtements qui voyagent depuis l’Asie.

En Europe la norme REACH proscrit pourtant une centaine de produits dangereux pour la santé, et leur utilisation est interdite pour tout vêtement vendu au sein de la zone européenne. Dans les faits, à cause de l’opacité des chaines de production, les enseignes ne peuvent garantir que les vêtements produits par des sous-traitants en chaine ne contiennent ces substances dangereuses.

A regarder ici.

Pour aller plus loin

Greenpeace a lancé une campagne mondiale baptisée « Detox my Fashion » qui a conduit des grandes enseignes à s’engager pour ne plus utiliser de substances dangereuses d’ici 2020. Pour en savoir plus, je vous conseille de vous rendre sur la page de l’association.


Alors, est-ce que l’un d’entre eux a changé votre vision sur la mode ?

4 Replies to “10 Documentaires qui ouvrent les yeux sur la Fast-Fashion”

  1. Bravo pour cette compilation. J’en ai vu la plupart car je suis intéressée par le sujet depuis de nombreuses années. Je tiens une boutique de mode éthique depuis 11 ans.

    1. Bonjour Christine, merci pour votre commentaire!
      Je ne sais pas si vous vous souvenez, mais on s’était rencontré tout début janvier lorsque j’étais passée dans votre boutique.
      J’ai un article sur mes adresses mode éthique préférées à Paris en préparation, je mentionnerai bien sûr Le Sourire Multicolore 😉
      A bientôt,
      Alice

  2. Je ne porte que du vintage et du seconde main depuis plusieurs annees maintenant mais je vais regarder ces documentaires et faire tourner car c’est quelque chose qui a besoin d’etre vu et des yeux on besoin de souvrir. Merci pour cet article

    1. Hello Vanessa, bravo pour ta démarche !
      Ma transition est plus récente, mais ce qui compte c’est de s’y mettre 😉
      Je crois aussi sincèrement que c’est en s’informant que l’on prend conscience de l’étendue des dégâts. Je suis ravie que ça te donne envie de les partager autour de toi !

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